Bilan 1 an à San Francisco – Gauthier

L’arrivée sur San Francisco

Afin de mieux comprendre ce qui s’est passé pour moi, il faut savoir que je suis parti 2 mois avant Camille.

On est le 11 Aout 2018, mon vol décolle aux alentours de 12h30 heure française. La veille nous avons fêté l’anniversaire de Camille avec nos copains, notre famille. Nous faisons la route jusqu’à Charles de Gaulle, et je dois prendre mon vol. Dernière étreinte.

Bon dieu, ce que c’est dur de la laisser, de tous les laisser, et de partir seul, à l’inconnu. J’ai simplement ma valise, un sac a dos, et pour seule assurance d’avoir un job à l’arrivée. Le logement, c’est au petit bonheur la chance mais normalement j’avais bien fait mon travail.
Mais je suis là, tout penaud à l’embarquement à Paris, une larme séchée sur le visage, prêt à partir.

Mon expérience a véritablement commencé dès l’arrivée à SFO le 11 Aout 2018, où je m’apprête à passer le US Border (la douane), et tombe sur cet agent qui me demande de façon très classique ce que je fais, pourquoi je suis là, etc.
Je lui explique ma situation, lui montre mon VISA J-1, qu’il regarde, puis me dit : « Pourquoi venez-vous voler le travail des américains ?« .

J’avais lu sur Internet que :

  1. il ne faut pas plaisanter avec l’immigration / douane si eux ne le font pas
  2. il ne faut pas mentir, jamais
  3. il faut répondre aux questions de façon très simple
  4. il ne faut jamais trop en faire, trop en dire.

Je réponds très humblement que j’ai été contacté par une entreprise et que je souhaite mettre à son service ce que j’ai appris, étudié et travaillé depuis des années. La conversation continue façon très particulière, et cela se termine par : « Heureusement que vous avez ce document et un tampon officiel, sinon je ne vous laisserais pas rentrer« .

« Welcome to the United States of America », je suppose. Sûrement un mauvais jour pour cet agent qui a du voir passer des profils similaires toute la journée, allez savoir.

Les Premiers Mois

Bon. Rien n’est simple, mais ce n’est pas insurmontable. Il faut tout ré-apprendre : le juridique, l’administratif, les finances… et quand le jargon diffère, pas le choix que de demander de l’aide.

Pour le coté légal, le cabinet d’avocat de l’entreprise fait un travail formidable et clairement, je n’ai même pas cherché à comprendre certaines formulations. Pour vous dire, j’ai appris que nous étions considérés comme des « Non-Resident Alien » pour le gouvernement !
Alors quand il faut remplir des formulaires de plusieurs pages avec ce genre d’informations à déterminer, en sachant qu’il est parfois indiqué que mentir peut être passible de prison, mais que vous remplissez « au mieux en fonction de vos connaissances« , c’est quelques peu stressant. Pas envie de terminer à Guantanamo ! (fermée soit disant, mais sait-on jamais hein… !)

Pour le coté administratif, j’étais tombé sur cet article au tout début, qui m’a bien servi pour les premières étapes. La suite c’est beaucoup de débrouillardise, mais rien de bien différent par rapport à la France, si ce n’est qu’il faut juste tout faire de suite pour être tranquille et se libérer l’esprit.

Pour faire simple les premiers mois se sont résumés à :

  • S’occuper des VISA, du processus de Green Card (mon dieu, ils veulent tout savoir de nous !) et de la carte de Sécurité Sociale
  • S’occuper des transports (Bart / Muni)
  • S’occuper de préparer les impôts
  • Gérer Internet, le téléphone
  • Analyser ce qu’il se fait, et s’adapter

Nous avons appris beaucoup de choses, mais heureusement que c’est terminé ! 😄

La Vie Sociale

Nous avons tenté de garder un rythme sain, similaire à celui que nous avions en France, afin de se sentir bien et de garder au moins un semblant de notre zone de confort que nous avions jusqu’alors.
Il faut savoir que Camille et moi aimons bien faire la fête, mais raisonnablement. Nos semaines sont généralement calmes, mais bien occupées, et nos weekend plus animés. C’est souvent le weekend que l’on part en vadrouille à droite à gauche.

Nous avons toujours fait quasiment tout ensemble, et c’est encore plus important ici. Comme Camille l’a souligné dans sa version des faits, ça passe ou ça casse. Milo a été d’un support incroyable pour elle au départ, à sentir quand c’était dur pour elle, pour nous, et à nous réconforter.

J’ai eu la chance de pouvoir rencontrer des personnes assez vite grâce à un ancien camarade d’école vivant à San Francisco depuis plusieurs années. J’ai ainsi pu, très tôt, préparer le terrain pour quand Camille arriverait.
Ce que je recommande à tout français arrivant ici : re-joi-gnez les communautés françaises ! et ce avant de dire « je veux être immergé et ne pas parler français tous les jours, ne pas rencontrer des français ».
La réalité est toute autre : il est difficile et long de se faire des amis américains. Pour preuve la première collocation que j’ai rejoint en arrivant ici, avant de vivre dans la maison partagée de mon pote : des 3 collocs’ que j’avais, et bien que l’on se croisait au moment des repas, il n’y a pas eu de vrais moments de partage. Ils rentraient tous de leurs boulots respectifs pour s’enfermer dans leur chambre, sûrement pour bosser, ou juste pour se détendre.

Concernant la vie sociale, il est possible de faire beaucoup de choses. Il existe des cours du soir, des bars dansants, des boites, des cours de lecture, des cours de dégustation de vin, etc.
Il y a aussi beaucoup de festivals, de concerts, de matchs de basketball (Go Warriors!), de baseball (Go Giants!).

Typiquement, on adore le Church of 8 Wheels, un lieu ou il est possible de faire du Roller Disco ! C’est old school, dansant, sympathique. On adore découvrir des restaurants, et voyager. Ca c’est notre truc !
On est plutôt du genre à faire des apéros et repas entre amis, jeux de société, que d’aller en boite, à écouter de la musique éléctro et à prendre de l’alcool / drogue pour apprécier la soirée.

La vie ici c’est bien ça d’ailleurs : beaucoup de drogues. Je ne parle pas des joints ou des champignons hallucinogènes, mais du crack, de la coke, LSD, kétamine, MDMA, etc. Ça se voit littéralement dans la rue avec toutes les seringues par terre, les SDF qui se font des rails de coke en pleine rue ou bien encore tous ces visages et ces dents attaqués par la drogue que l’on peut croiser.

C’est un constat terrible, mais c’est pourtant ça aussi, San Francisco.

PS : Ah oui et également, ici pas de bise, on se hug (on se prend dans les bras) pour se dire bonjour !

Le Travail

Concernant le rythme de travail, je suis arrivé à 8h30 les premiers temps et repartais vers 19h30, tout d’abord pour m’occuper parce que je n’avais rien à faire d’autre et ne connaissais personne. Il est facile de se laisser absorber par le travail quand c’est votre passion. Mais trop de travail peut mener à beaucoup de stress et au burn out ici je trouve, bien plus qu’en France. J’ai moi-même burnt out récemment pour la première fois, mais parlerais dans un article futur, tant cela arrive sans crier gare.

Au regard du niveau général des ingénieurs, j’ai été très surpris. Alors que je m’attendais à rencontrer et travailler avec des gens tous plus intelligents que les autres, la réalité est toute autre : le niveau moyen est correct et certains en effet, sortent du lot. Par contre, la confiance est quelque chose qui s’obtient ici, encore plus qu’en France J’ai mis énormément de temps à me sentir fiable auprès de mes collègues, et encore aujourd’hui il y a des actions / réactions

Ensuite, tout va extrêmement vite ici. Les levées de fonds se font en dizaines/centaines de millions de dollars, et les entreprises embauchent a tour de bras. D’une semaine à l’autre, il y a plusieurs nouvelles têtes, et aussi plusieurs départs. Il faut dire que dans une boite a plusieurs centaines de personnes voire milliers, ça parait logique.

Au regard du côté argent, il y a de nombreuses IPO (Initial Public Offering, ou « Introduction en Bourse » en Français), et à chaque fois cela amène de nouveaux millionnaires. Du coup, c’est la course à la prochaine Unicorn (Licorne en français, signifiant une entreprise privée dont la valeur excède 1 milliard) : chacun veut avoir la prochaine idée pour se faire racheter. Oui parce que il faut se dire que un Apple, un Google ou un Microsoft, ce sont des entreprises à 1 Trillion de dollars chacune. Autant dire qu’il va falloir un sacré concept pour jouer dans les cours des grands.

Au niveau des avantages et des salaires, c’est à l’entreprise qui proposera le meilleur package – ensemble d’avantages – pour un ingénieur :

  • Salaire de base
  • Durée du congé maternité/paternité entre 2 et 6 mois (voire plus dans certains cas)
  • Nombre d’actions dans l’entreprise
  • Bonus d’entrée
  • Bonus annuel
  • et j’en passe…

Au final, je me sens bien loti, et fais attention à bien m’adapter. J’ai adopté l’approche « Work smarter, not harder » (Travailler plus intelligement, pas plus dur), et ça me permet d’être plus libre. Je fais attention à ma cadence aujourd’hui, car ce burn out m’a fait prendre conscience de beaucoup de choses !

Le manque des proches

Le plus délicat à gérer pour Camille et moi. Durant les deux premiers mois où j’étais seul, j’ai pu m’occuper et ne pas attacher trop d’importance à ce manque, en me disant qu’il y avait un compte à rebours, quand j’irais chercher Camille et Milo, et que là je reverrais tout le monde. C’est après que ça s’est corsé.

Tout d’abord on a commencé à rater un anniversaire, puis deux, puis trois. On a raté des mariages aussi. Des soirées. Tout ces évènements qui nous rendaient nous, et nous faisaient du bien.

Puis ma famille est venue a Noel, un bonheur de retrouver les gens que l’on aime ! et puis ils sont repartis. Et là c’est le soufflet qui retombe. Mais nous sommes repartis. Pas le choix, pas vrai ? on s’est battu jusqu’ici, on va se battre jusqu’au bout.

C’était encore plus dur pour Camille parce que elle se levait le matin sans but au départ, dû à son impossibilité de travailler en attendant son EAD. Donc il a fallu que je sois fort pour elle, pour nous.
Ca a été une sacrée épreuve personnelle et je n’étais clairement pas préparé. Pour essayer de ne pas sombrer, j’ai tenté de trouver des solutions. J’ai lu beaucoup de livres sur le développement personnel, sur le fait de positiver, sur le succès et j’ai pris énormément de recul. Je crois que au final, je me suis découvert encore plus que ce que je savais déjà de moi, et j’ai pris une assurance sur certaines choses. La vie est plus abordable maintenant je crois, et je sais, j’ai compris ce que c’est la vie.

Alors oui, c’est toujours dur à ce jour, mais moins aujourd’hui. Nous survivons, nous avançons, et comme le disent si bien nos proches : « nous serons là quand vous reviendrez (mais revenez vite !)« .

Le Bilan

Je parlerais plus amplement dans un autre article de cet American Dream dont on parle beaucoup. Oui, il est possible de réussir avec volonté et détermination. Cependant, la réalité fait très vite déchanter les immigrants, car tout n’est clairement pas comme dans les séries ou dans les films (pas comme dans les reportages non plus – il y a de tout).

Alors oui, tout peut arriver, mais faut-il pouvoir y arriver. Les riches deviennent de plus en plus riches, et les pauvres de plus en plus pauvres. J’entends souvent dire qu’une personne sur 5 que l’on croise dans la rue ici est millionnaire. Ca parait dingue hein ?

Si quelqu’un m’avait dit ce qu’il adviendrait réellement une fois parti… l’aurais-je fait ? les premiers mois sur place m’ont fait dire que non.
Nous avons eu ces moments de « regrets », comme l’a écrit Camille, et nous sommes regardés en nous demandant « On rentre ? ». Mais on a décidé d’adopter une vision totalement différente, de positiver, et de rendre ce chapitre de notre vie mémorable et plein de succès.
Nous sommes extrêmement « chanceux » (est-ce vraiment de la chance ceci dit ? à vous de nous le dire !) de l’experience que nous vivons, et avons énormément grandi.

Maintenant, je crois dur comme fer que les personnes qui souhaitent vivre cette expérience peuvent la vivre, il n’en tient qu’à vous d’oser et de faire ce qu’il faut pour. La vie m’a fait dire que les opportunités se créent et que rien n’arrive par hasard. Battez-vous pour vos rêves, vivez votre meilleure vie.
Parce que la vie est courte, et que la chance sourit aux audacieux.

Au fait, j’ai essayé tant bien que mal de supprimer tous mes anglicismes, de faire attention au fran-glais mais croyez-moi, je suis dans cet entre-deux où je ne connais pas encore tout le vocabulaire anglais mais commence à oublier certaines expressions en français… du coup c’est compliqué. Mais drôle. Surtout durant les appels avec la France.


Laisser un commentaire